Présentation de l'éditeur :
Deux décennies durant, les médias du monde de l’architecture ont tourné
leurs télescopes vers les constellations des grandes et des petites
stars. Le spectre éblouissant de ces foyers ardents a détourné
l’attention d’autres parties de l’univers de la construction. On a fait
le silence autour des réalités plus prosaïques. La vie des quartiers,
le quotidien de ses habitants et la participation aux enjeux de la
politique locale sont restés dans l’ombre du spectacle.
La
participation est un phénomène de crise. Les mouvements contestataires
des années soixante-dix et quatre-vingt rappelaient aux citoyens qu’ils
avaient leur part à prendre dans l’organisation des villes et des
communes alors menacées par une alliance dangereuse entre entrepreneurs
et technocrates. Aujourd’hui, devant les dossiers brûlants des villes
et de l’environnement, la participation semble réintégrer les agendas
des politiciens. Frappée par une crise de légitimité, la classe
politique se souvient de la sagesse des peuples et loue la “maturité
des électeurs”. Ces calculs et ces réflexes participatifs ont peu à
voir avec les projets réunis dans ce numéro. Soutenus par des réseaux
associatifs, ceux-ci émanent de ce que l’on appelle communément “la
base”. Qu’ils opèrent avec ou sans l’aval des représentants politiques,
les groupes, les collectifs et les coopératives dont il est question
ici ne veulent pas attendre les prochaines élections pour s’impliquer
dans la vie politique, pour participer à la fabrication de leur
environnement. Et ils s’attachent à tout ce que la planification
néglige. Ils s’investissent là où personne ne veut investir. Ils
cherchent des chemins alternatifs, des stratégies collectives, mieux
adaptés aux lieux marginaux tant appréciés pour leur ouverture et leur
potentiel créatif.
S’il est trop tôt pour parler d’un véritable
mouvement participatif, ce numéro foisonnant témoigne d’un changement
d’attitude. Mais avant tout, il soulève des questions : qu’en est-il
des procédures institutionnelles ? Qu’en est-il de l’attribution des
commandes et du partage des pouvoirs ? Et qu’en est-il du rôle,
politique, de l’architecte ? Les experts de la construction ne
devraient-ils pas se ressourcer auprès de ceux que Jack Ralite appelle
les “experts du quotidien” ? Axel Sowa