Galerie Blanche / Association La Première Rue
App 131, Résidence Le Corbusier, 54150 BRIEY-EN-FORÊT
5 février < 21 mai 2010
Quand on visite l'Unité
d'habitation de Briey, la densité de l'histoire du bâtiment et du
concept de Cité Radieuse, la complexité de l'agencement intérieur et la
présentation de l'appartement témoin suffisent largement à remplir le
temps d'une visite guidée. C’est pourquoi l'aspect plastique de la
façade n'était pas souvent abordé. Elle était si tristement abîmée que,
trop regardée, elle risquait de renforcer les préjugés négatifs qu'il
faut parfois combattre pour que le public s'ouvre à la compréhension du
lieu.
Le béton se dégradait de plus en plus vite. À l'époque où il a été
coulé l'on ne se doutait pas que certains agents chimiques et certaines
méthodes de séchage accéléré le fragiliseraient dans la durée. Ce
ravalement de façade a été un chantier expérimental d'envergure
absolument nécessaire représentant un effort financier important.
Malgré les subventions qui ont pu être obtenues à terme, certains ont
dû faire des emprunts à longue échéance. Et pendant trois ans, le bruit
des perceuses propagé par la résonance du béton, la poussière des
purges par sablage qui s'infiltre dans les foyers, l'omniprésence des
nacelles agressant l'intimité, ont fait de ce chantier une dure épreuve
de patience pour tous les habitants. Heureusement, les architectes et
ingénieurs, responsables de chantier et ouvriers, passionnés par les
enjeux (ce qui rappelle l'enthousiasme qui régnait sur les chantiers de
Le Corbusier), sont, au fil de ces années, devenus partie prenante pour
cette communauté et ont consenti à des efforts supplémentaires allant
au-delà des engagements initiaux.
Pour qu'il soit possible d’arrêter la dégradation du béton et le
protéger à long terme en respectant les moyens de la copropriété, les
architectes des monuments de France ont autorisé son recouvrement avec
un micro-mortier et une peinture spéciale pour l'isoler de l'air et de
l'eau. A condition d’avoir au final un gris se rapprochant le plus
possible de sa couleur d'origine.
En 1987, lors de sa réhabilitation, le bâtiment avait été peint en
blanc pour séduire les nouveaux acquéreurs. Cette fois encore, il n'a
pas été restitué en béton brut. Mais ce nouvel aspect gris lissé
devrait, lui aussi, faciliter son appropriation par les usagers.
De la même façon qu'il considérait l'angle droit comme l'évidence
naturelle conditionnant la vision de l'homme debout face à l'horizon,
Le Corbusier concevait les couleurs de sa palette comme un condensé de
celles que nous sommes accoutumés à voir dans la nature. Il
aurait peut-être accepté, si la nécessité de protéger le béton devenait
impérieuse, le choix d'un gris qui serait, par sa couleur et sa
tonalité, représentant de la moyenne de toutes les nuances du béton
originel.
Les puristes seront déçus que l'on perde le naturel spontané
qu'apportait le béton brut voulu par le maître. Les empreintes du
coffrage, en bois ou autre, donnaient un effet saisissant dans ce
matériau et assimilaient le bâtiment à de la roche. Aujourd'hui la
force abstraite des couleurs est rehaussée par ce fond gris uni et cela
donne à l'ensemble un aspect tout à fait graphique. Cet habitat
collectif semble peut-être plus neuf que le jour de son inauguration.
Il a perdu une part de sa matérialité, paradoxalement en raison de
nécessités matérielles, et apparaît, encore plus qu'avant, une image en
suspension dans le paysage.
Grâce à cette rénovation, la façade se laisse à nouveau lire
clairement. Elle fait exprimer au bâtiment sa vocation avec vivacité et
assurance. Comme pour les quatre autres Unités d'habitation, on peut
observer de l'extérieur et de l'intérieur, plusieurs notions
correspondant à des besoins humains qui s'entrecroisent : l'intimité,
la délimitation de l'espace, le regard qui porte, la lumière, la
circulation de l'air, le chauffage, l'esthétique... La façade, avec ses
boiseries, comme un organe complexe, sert à gérer simultanément toutes
ces notions dans une démarche esthétique qui a fait école en son temps
et fonctionne toujours aussi bien.
Cette exposition présente les différentes étapes du ravalement de
façade et une lecture de sa plastique retrouvée. Aussi marque-t-elle un
tournant positif engagé par une belle réussite collective. Alors que
l’histoire de cette Unité d'habitation n'a pas toujours été radieuse,
on s'apprête à fêter ses 50 ans en beauté grâce aux particuliers,
habitants et autres, entreprises et institutions aux conceptions, vues,
et moyens divers, qui ont rassemblé leurs efforts pour prouver que
l'Unité d'habitation de Briey peut évoluer, continuer à fonctionner et
se régénérer sans perdre ni les valeurs qu’elle porte, ni sa plastique
magnifique.
Vincent Dietsch
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