Présentation de l'éditeur :
"Seul, à mon sens, l'édifice dramatique peut donner une idée du
théâtre, seul l'édifice peut permettre de méditer, d'apprendre et de
comprendre ce qu'est le théâtre à partir de ce goût, de cette
particularité essentielle à tout individu, quelle que soit l'époque ou
la civilisation à laquelle il appartient.
"Que ce soit en Grèce, en Italie ou en France, à Epidaure, à Vicence, à
Parme, à Rome, à Arles, à Orange ou à Nîmes. Arènes, amphithéâtre ou
théâtre.
"Qu'ils soient anciens ou modernes, c'est dans l'édifice désert, où
l'on se laisse pénétrer par le vide étrange et le silence du lieu, que
l'on peut approcher une idée authentique du théâtre. Dans cet état où
la sensation remet l'être entier dans sa mentalité primitive [...]. "On
se sent seul et cependant on ne saurait être absent, on est unique et
l'on est étrangement concerné dans un désordre qui appelle des
réponses."
Louis Jouvet
Georges Banu, dans son livre Le Rouge et l'Or, souligne comment, au
XVIIIe siècle, l'architecte Pierre Patte, tout en mettant en garde
contre tout désir d'imposer un prototype pour éviter que ne s'instaure
une uniformité facile, conseillait que chaque théâtre se constitue en
modèle. Cette dualité initiale anima l'Europe qui a su faire de son
espace théâtral un thème à variations. La familiarité avec le lieu
procurait à l'étranger un sentiment où se conjuguaient la surprise et
la sécurité. Au San Carlo de Naples ou au Théâtre Argentino à Rome,
Stendhal éprouva ce plaisir exquis. Le délice d'un spectateur avisé qui
aimait à se trouver partout chez lui, car il avait la passion du
voyage, pas celle des expéditions.